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Une spiritualité de Carême à travers les vertus théologales

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Du mercredi des Cendres jusqu’à la Vigile Pascale, l’Eglise vit le temps du Carême. Chaque année, ces quarante jours nous permettent de nous préparer à vivre Pâques, qui est le sommet de l’année liturgique. Ce temps est suffisamment long : 40 jours sur 365 représentent plus de 10 % de l’année, ce qui n’est pas négligeable. Mais c’est bien normal de se préparer suffisamment à l’avance pour quelque chose d’aussi important.

Ce texte se veut une réflexion sur les vertus théologales, à savoir : la foi, l’espérance et la charité, pour vivre au mieux le temps du Carême. Posons d’abord un regard sur la vertu en général, puis sur chacune des trois vertus théologales en particulier.

1°) Généralités sur la vertu

Essai de définition

  • Dans le dictionnaire :
    - Disposition spirituelle à agir avec persévérance en accord avec la loi divine.
    - Disposition particulière pour tel devoir, telle bonne action.
    - Qualité, propriété particulièrement bonne, efficace de quelque chose.
  • Dans le Catéchisme de l’Eglise catholique :

"La vertu est une disposition habituelle et ferme à faire le bien. Elle permet à la personne non seulement d’accomplir des actes bons, mais de donner le meilleur d’elle-même. De toutes ses forces sensibles et spirituelles, la personne vertueuse tend vers le bien ; elle le poursuit et le choisit en des actions concrètes." (CEC 1803)

Le fruit d’une habitude

Elle est une bonne habitude permanente (CEC : disposition habituelle et ferme), c’est-à-dire qu’elle est une inclination à vouloir le bien et à faire ce qui est agréable à Dieu. C’est quelque chose de spontané, une seconde nature, pour ainsi dire.

Elle est le fruit de la répétition d’actes bons et donc d’une éducation, d’un travail, d’une fidélité.

Elle vise ce qui est bien, c’est-à-dire ce qui humanise, ce qui rend l’homme meilleur, ce qui le rapproche de Dieu et des autres.

Elle vise le meilleur de nous-mêmes, qui est pour nous chrétiens la sainteté, c’est-à-dire l’acquisition de la ressemblance de Dieu (Gn 1, 26).

Elle s’incarne dans des actions concrètes. La vertu est un don spirituel, mais sans vie vertueuse, la vertu n’est qu’un fantôme.

Vertus morales, vertus théologales

Tout le monde peut développer les vertus, elles peuvent s’apprendre dans les lieux classiques de la vie : par l’éducation (justice, le courage...), par le travail (vertu de la patience)...

Les vertus cardinales sont les quatre vertus principales autour desquelles s’articulent toutes les autres :

Prudence, Justice, Force ou Courage, Tempérance ou Maîtrise de soi.

On peut cultiver ces vertus sans croire, ni espérer, ni aimer.

Les vertus théologales sont un don de Dieu qu’on ne peut cultiver sans Lui.

  • Impossible de croire sans Dieu
  • Impossible d’espérer sans Dieu
  • Impossible d’aimer sans Dieu

Cela dit, il est possible d’espérer et d’aimer sans avoir la foi, et cela veut simplement dire que les frontières de l’Eglise sont invisibles. Beaucoup aiment sans connaître le Dieu Amour, simplement parce que leur coeur est ouvert (Mt 25, 40).

2°) La foi

Essai de définition

"La foi est un contact avec le mystère de Dieu." (Jean Paul II)

"La foi, c’est décider d’être avec le Seigneur pour vivre avec lui." (Benoit XVI)

Elle me permet de croire en ce que je ne vois pas et d’y adhérer en confiance.

Don et réponse

Elle est à la fois un don de Dieu, qui nous donne de l’accueillir par l’écoute de Sa Parole, mais aussi une réponse de l’homme, car par la foi, nous décidons de mettre la Parole en pratique. Précisons :

  • Sans le Don de Dieu, la réponse de l’homme est évidemment impossible : "comment croire sans d’abord L’entendre ?" (Rm 10, 14) ;
  • Sans réponse de l’homme, le Don ne germe pas (cf. Parabole du Seigneur)
  • Il faut donc la rencontre du Don et de la réponse de l’homme, c’est-à-dire un dialogue.

Puissance de la Foi

La foi est le levain qui fait lever toute la pâte (1 Co 5, 4), c’est pourquoi elle a la puissance de soulever des montagnes. Ce n’est pas la pâte qui est trop épaisse, c’est le levain de la foi qui n’est pas assez pur ou pas assez présent.

La foi repousse les limites humaines en les ouvrant à l’Infini de Dieu. Elle ne fait pas du croyant un surhomme, mais elle déploie la puissance de Dieu dans ses faiblesses (2 Co 12, 9).

La foi ne met pas de bornes à la puissance de Dieu, le doute en met (Mt 13, 58)

"La foi permet de passer de l’impossible de l’homme au possible de Dieu" (8ème Curé d’Ars)

Une attitude spirituelle : l’écoute

L’âme de la foi, c’est l’écoute : "la foi naît de la prédication et la prédication se fait par la parole du Christ." (Rm 10, 17). Sans écoute de la Parole de Dieu, notre relation avec le Seigneur perd en intensité, et peut même disparaître. Parmi ceux qui ont perdu la foi, beaucoup n’ont pas été fidèles à écouter la Parole, notamment en lisant l’Ecriture. Or, "Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ" (Saint Jérôme)

  • Gn 12 : Abraham se met en route sans aucune garantie. Il ne voit pas ce Dieu qui l’appelle. Et pourtant, les promesses et les signes lui permettent d’entrer en relation avec Dieu dans un dialogue filial.
  • "Ecoute Israël" (Dt 6, 5) est comme la clé de tout l’Ancien Testament.

Quelques attitudes spirituelles pour grandir dans la foi

  • Un don à demander pour nous et pour nos frères : "Augmente en nous la foi" (Lc 17, 5)
  • Lire chaque jour de Carême l’Evangile et la première lecture
  • Lire un Evangile en entier (Mt : Eglise, Mc : plus court, Lc : miséricorde, Jn : théologie)
  • Relire les lectures avant la messe du Dimanche (venir dix minutes en avance !)
  • Lire un livre de commentaires bibliques (Marie-Noëlle Thabut, Enzo Bianchi...)

3°) L’espérance

Essai de définition

"Espérer, c’est croire en l’aventure de l’amour, se fier aux hommes, faire le saut dans l’inconnu et s’en remettre entièrement à Dieu." (Saint Augustin)

Elle adhère déjà à ce qui n’est pas encore réalisé et l’attend avec constance.

De la foi à l’espérance

"la foi nous découvre Dieu, l’espérance Le désire et espère L’atteindre." (P. Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus)

L’espérance s’appuie sur la foi : il faut croire en Dieu pour attendre Son action dans la confiance.

Liée à la mémoire

Sans mémoire, il n’y a pas d’espérance possible. Faire table rase du passé n’a jamais conduit aux lendemains qui chantent... Notre société est sans espérance parce que sans histoire ! Et sans référence à l’avenir. Elle est bloquée dans un présent oppressant, d’où son désespoir.

"L’espérance tire (donc) sa force de la mémoire du passé" (Daniel Marguerat)

Le coeur de l’espérance

L’âme de l’espérance, c’est la confiance dans l’épreuve, à l’image d’Abraham "espérant contre toute espérance" (Rm 4, 18).

Au moment où l’on pense que tout est terminé, c’est là qu’il faut espérer.

Quelques attitudes spirituelles pour grandir dans l’espérance

  • Un don à demander pour nous et pour nos frères
  • Prier pour des situations qui nous semblent bloquées
  • Lire la Bible, le grand Livre de l’espérance
  • Pardonner ou recevoir un pardon longtemps différé
  • Soutenir une oeuvre de charité, par un effort de Carême

4°) La charité

Essai de définition

  • Dans le dictionnaire : "Dans la théologie chrétienne, amour de Dieu et du prochain comme créature de Dieu"
  • Dans la Bible :

Elle est l’amour en acte :

"Quand je parlerais en langues, celle des hommes et celle des anges, s’il me manque l’amour, je suis un métal qui résonne, une cymbale retentissante. Quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et de toute la connaissance, quand j’aurais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés, quand je livrerais mon corps aux flammes, s’il me manque l’amour, je n’y gagne rien. L’amour prend patience, l’amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. (1 Co 13, 1 - 7 ; ce texte est appelé l’Hymne à la charité)

Identifiée à l’être même de Dieu : "Dieu est Amour" (1 Jn 4, 8.16)

Centralité

"tout se désagrège s’il n’y a l’amour (...) Dans un navire, si grands que soient les agrès, s’il n’y a pas d’armature, ils sont inutiles ; dans une maison, s’il n’y a pas de charpente, c’est pareil ; et dans le corps, si grands que soient les os, s’il n’y a pas de ligaments, ils sont inutiles. Il en va de même des bonnes actions, tout s’en va s’il n’y a pas l’amour." (Saint jean Chrysostome)

L’âme de la charité, c’est le don de soi : "Nul n’a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis." (Jn 15, 13).

Quelques attitudes spirituelles pour grandir dans la charité

  • Un don à demander pour nous et pour nos frères !
  • Servir, c’est l’amour en actes et en vérité (relire Jn 13)
  • Se réjouir au lieu de jalouser
  • Rendre grâces
  • Chercher l’intérêt des autres

Conclusion

Au terme de ce petit parcours à travers les vertus théologales, nous avons trouvé quelques attitudes spirituelles pour les cultiver. Je vous propose de les résumer :

  • Pour grandir dans la foi, n’hésitons pas à demeurer dans les Ecritures. Elles doivent devenir peu à peu le terreau de notre vie chrétienne, la terre qui nous permettra de porter "un fruit qui demeure" (Jn 15, 16)
  • Pour grandir dans l’espérance, sachons discerner Dieu à l’oeuvre dans notre histoire et dans le monde. ne nous lassons pas de prier pour les grands besoins du monde, la paix notamment.
  • Pour grandir dans la charité, soyons fidèles à l’Eucharistie, ne négligeons pas le pardon, et soyons d’humbles serviteurs dans la Vigne du Seigneur.
  • En tout cela, n’oublions pas de prier pour demander ces vertus, de nous disposer à les accueillir, de les mettre en pratique et, enfin, de rendre grâces pour ces dons.

Je vous souhaite un bon Carême, rempli par les vertus de l’Esprit Saint !

Matthias Amiot.